Fès gagnée par la fièvre des riads
Publié par Admin le 1/7/2006 (2979 lus)
Fès gagnée par la fièvre des riads: 2 à 3 maisons vendues chaque jour
Leur prix est compris entre 700.000 et 1,5 million de DH
D'après les statistiques officielles, il y a dans le pays 491 établissements classés ou en cours de classement.
Le phénomène des riads et maisons d'hôtes prend de plus en plus
d’ampleur. Après avoir mis le feu à Marrakech, le commerce des vieilles
demeures marocaines est en train de se propager
un peu partout, dans les grandes villes comme dans les petites. Et si,
en ce
moment, c’est Fès qui emboîte le pas à Marrakech, aucune
ville n’est épargnée, que ce soit Essaouira, Meknès,
Ouarzazate, Zagora ou Errachidia.
Aujourd'hui, ce sont les demeures de la capitale spirituelle du Royaume,
Fès, qui sont dans la ligne de mire des acquéreurs étrangers
et nationaux. Selon Driss Faceh, président du CRT (Conseil régional
du tourisme) de la ville, la cité compte deux à trois transactions
en moyenne par jour. Le phénomène, qui a commencé il y a
environ quatre ans, s’est accéléré ces deux dernières
années, et les demeures sont cédées, selon lui, entre 700.000 et 1,5 million DH. «C’est bon pour la ville», estime Driss
Faceh, car, selon lui, les demeures achetées sont autant de maisons sauvées,
la médina de Fès comptant des milliers d’habitations menaçant
ruine. Et puis il y a l'emploi, ajoute le président du CRT, qui
estime que chaque maison d’hôtes ouverte emploie 15 à 20 personnes.
Mieux, conclut-il, ces établissements connaissent un taux de remplissage
de loin supérieur à celui de l’hôtellerie classique.
7 456 lits officiellement recensés, répartis en 491 établissements
En dehors des riads servant d’habitation aux particuliers, il existe actuellement
au Maroc 491 établissements de ce genre, à usage touristique et
classés - ou en cours de classement - en première ou deuxième
catégorie, conformément à la loi 61-00, promulguée
en 2003, totalisant 3 667 chambres, soit 7.456 lits. Mais cette loi a déjà trouvé ses
limites puisque, très vite, elle s’est avérée inadaptée
pour affecter un classement à un patrimoine riche et varié. En
effet, les commissions en charge de cette mission ont constaté des différences
de standing très importantes entre des maisons d’hôtes appartenant à la
même catégorie, que ce soit dans la même ville ou entre les
villes. A tel point qu’une nouvelle réflexion est aujourd’hui
entamée en concertation avec les professionnels pour réviser cette
loi et élargir les catégories. Selon de nombreux professionnels,
la loi 61-00 a été conçue pour les grandes demeures en partant
de Marrakech, mais avec la découverte des merveilles que renferme la médina
de Fès, on s’est rendu compte que parfois il n’y avait aucune
commune mesure entre les unes et les autres, classées dans la même
catégorie.
Mais si tout peut être rectifié au niveau du classement, le plus
difficile est de maîtriser ce phénomène sur deux plans :
tirer tous ces établissements à but commercial dans la sphère
de l’économie formelle et protéger le patrimoine historique.
Le patrimoine architectural encore mal protégé
Cette situation est parfaitement résumée par Abdellatif Aït
Ben Abdellah, propriétaire de plusieurs riads, mais qui se définit
avant tout comme un défenseur de la médina de Marrakech depuis
plus de vingt ans. «Ce phénomène a positivement influencé l’image
du tourisme au Maroc, de la même manière qu’il a contribué à améliorer
le niveau de vie des Marrakchis, puisque, derrière chaque maison rénovée
dans la médina ou même construite dans les alentours de la ville,
il y a de l’argent qui est injecté, des artisans qui travaillent
et des emplois qui se créent. Mais attention ! Au début il y a
tout de même eu des massacres. On a vu des monuments historiques détruits
pour laisser place à des piscines et autres jacuzzis au milieu des demeures
de la médina».
Selon M. Aït Benabdellah, les erreurs commises à Marrakech, où il
n’y a plus aucune maison de style mérinide, ne devraient pas se
reproduire à Fès ou ailleurs. Il est vrai que toutes les lois protégeant
l’historique datent du Protectorat et, à l’exception des sites
classés par l’Unesco patrimoine de l’humanité, à l’instar
de la médina de Fès, il n’existe pas de loi pour sauvegarder
ce patrimoine.
Serge Meadow, DG de l’agence Riads au Maroc qui gère 250 établissements,
dont 150 à Marrakech, estime, lui, que depuis quelques mois, les autorités
sont plus vigilantes. Il relève qu’aussi bien à Marrakech
qu’à Essaouira, les projets sont de plus en plus contrôlés
par les municipalités et l’Agence urbaine qui ne donnent plus d’autorisation
pour construire des bâtisses qui ne respectent pas le patrimoine. Par contre,
il déplore que la spéculation ait pris son envol, «la bonne
spéculation émanant de ceux qui acquièrent une maison pour
y passer une retraite paisible comme la mauvaise, celle des promoteurs immobiliers»,
précise-t-il.
Il dénonce aussi la concurrence déloyale car, dit-il, si Marrakech
et ses environs comptent officiellement 417 établissements classés,
il y en a au moins 300 qui échappent à tout contrôle. Officiellement,
commente Serge Meadow, ce sont des propriétés privées qui
reçoivent la famille et les amis, mais «à l’évidence,
ces propriétaires ont de grandes familles et beaucoup d’amis»,
conclut-il avec ironie. Tout ce commerce juteux qui échappe au fisc se
fait via internet...
Mohamed Moujahid
Publié le : 19/05/2006
source: La vie éco
Voir les riad de fes sur diafa select
d’ampleur. Après avoir mis le feu à Marrakech, le commerce des vieilles
demeures marocaines est en train de se propager
un peu partout, dans les grandes villes comme dans les petites. Et si,
en ce
moment, c’est Fès qui emboîte le pas à Marrakech, aucune
ville n’est épargnée, que ce soit Essaouira, Meknès,
Ouarzazate, Zagora ou Errachidia.
Aujourd'hui, ce sont les demeures de la capitale spirituelle du Royaume,
Fès, qui sont dans la ligne de mire des acquéreurs étrangers
et nationaux. Selon Driss Faceh, président du CRT (Conseil régional
du tourisme) de la ville, la cité compte deux à trois transactions
en moyenne par jour. Le phénomène, qui a commencé il y a
environ quatre ans, s’est accéléré ces deux dernières
années, et les demeures sont cédées, selon lui, entre 700.000 et 1,5 million DH. «C’est bon pour la ville», estime Driss
Faceh, car, selon lui, les demeures achetées sont autant de maisons sauvées,
la médina de Fès comptant des milliers d’habitations menaçant
ruine. Et puis il y a l'emploi, ajoute le président du CRT, qui
estime que chaque maison d’hôtes ouverte emploie 15 à 20 personnes.
Mieux, conclut-il, ces établissements connaissent un taux de remplissage
de loin supérieur à celui de l’hôtellerie classique.
7 456 lits officiellement recensés, répartis en 491 établissements
En dehors des riads servant d’habitation aux particuliers, il existe actuellement
au Maroc 491 établissements de ce genre, à usage touristique et
classés - ou en cours de classement - en première ou deuxième
catégorie, conformément à la loi 61-00, promulguée
en 2003, totalisant 3 667 chambres, soit 7.456 lits. Mais cette loi a déjà trouvé ses
limites puisque, très vite, elle s’est avérée inadaptée
pour affecter un classement à un patrimoine riche et varié. En
effet, les commissions en charge de cette mission ont constaté des différences
de standing très importantes entre des maisons d’hôtes appartenant à la
même catégorie, que ce soit dans la même ville ou entre les
villes. A tel point qu’une nouvelle réflexion est aujourd’hui
entamée en concertation avec les professionnels pour réviser cette
loi et élargir les catégories. Selon de nombreux professionnels,
la loi 61-00 a été conçue pour les grandes demeures en partant
de Marrakech, mais avec la découverte des merveilles que renferme la médina
de Fès, on s’est rendu compte que parfois il n’y avait aucune
commune mesure entre les unes et les autres, classées dans la même
catégorie.
Mais si tout peut être rectifié au niveau du classement, le plus
difficile est de maîtriser ce phénomène sur deux plans :
tirer tous ces établissements à but commercial dans la sphère
de l’économie formelle et protéger le patrimoine historique.
Le patrimoine architectural encore mal protégé
Cette situation est parfaitement résumée par Abdellatif Aït
Ben Abdellah, propriétaire de plusieurs riads, mais qui se définit
avant tout comme un défenseur de la médina de Marrakech depuis
plus de vingt ans. «Ce phénomène a positivement influencé l’image
du tourisme au Maroc, de la même manière qu’il a contribué à améliorer
le niveau de vie des Marrakchis, puisque, derrière chaque maison rénovée
dans la médina ou même construite dans les alentours de la ville,
il y a de l’argent qui est injecté, des artisans qui travaillent
et des emplois qui se créent. Mais attention ! Au début il y a
tout de même eu des massacres. On a vu des monuments historiques détruits
pour laisser place à des piscines et autres jacuzzis au milieu des demeures
de la médina».
Selon M. Aït Benabdellah, les erreurs commises à Marrakech, où il
n’y a plus aucune maison de style mérinide, ne devraient pas se
reproduire à Fès ou ailleurs. Il est vrai que toutes les lois protégeant
l’historique datent du Protectorat et, à l’exception des sites
classés par l’Unesco patrimoine de l’humanité, à l’instar
de la médina de Fès, il n’existe pas de loi pour sauvegarder
ce patrimoine.
Serge Meadow, DG de l’agence Riads au Maroc qui gère 250 établissements,
dont 150 à Marrakech, estime, lui, que depuis quelques mois, les autorités
sont plus vigilantes. Il relève qu’aussi bien à Marrakech
qu’à Essaouira, les projets sont de plus en plus contrôlés
par les municipalités et l’Agence urbaine qui ne donnent plus d’autorisation
pour construire des bâtisses qui ne respectent pas le patrimoine. Par contre,
il déplore que la spéculation ait pris son envol, «la bonne
spéculation émanant de ceux qui acquièrent une maison pour
y passer une retraite paisible comme la mauvaise, celle des promoteurs immobiliers»,
précise-t-il.
Il dénonce aussi la concurrence déloyale car, dit-il, si Marrakech
et ses environs comptent officiellement 417 établissements classés,
il y en a au moins 300 qui échappent à tout contrôle. Officiellement,
commente Serge Meadow, ce sont des propriétés privées qui
reçoivent la famille et les amis, mais «à l’évidence,
ces propriétaires ont de grandes familles et beaucoup d’amis»,
conclut-il avec ironie. Tout ce commerce juteux qui échappe au fisc se
fait via internet...
Mohamed Moujahid
Publié le : 19/05/2006
source: La vie éco
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